OLD [Roman fantastique]

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Anastazia
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OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 23 Juin 2012, 17:11

Voici le début de mon roman. Je compte réécrire le résumé (que je trouve complètement brouillon et pas terrible). J'aurais besoin de vos commentaires si vous en avez, sinon tant pis ;).

Aucune reproduction, même partielle, autres que celles prévues à l'article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite de ce site sans l'autorisation expresse de l'auteur.

Genre : Fantastique
Début de rédaction : 2007

Résumé du premier tome :
En l'an 2252, Gabrielle est une jeune femme amnésique en possession de puissants pouvoirs surnaturels. Lorsqu'elle se découvre un nouveau talent, à l'université où elle étudie, elle déclenche accidentellement une catastrophe cataclysmique. Plusieurs morts sur la conscience l'inciteront à quitter la ville pour s'isoler en pleine forêt. Elle trouve refuge à OLD, une vieille cabane en ruine où vivent sept Légendes sous formes humaines : le Phénix, le Génie de la lampe, Boucle d'or, un troll, le Petit Poucet, une fée et Merlin l'enchanteur. Mais la présence de ces créatures est justifiée par une mission qui leur a été confiée ; protéger Gabrielle de la Mort en personne, qui la traque sans relâche. Ignorant son identité, leur première théorie s'avèrerait la plus probable : Gabrielle et l'ange Gabriel serait la même personne, ce qui expliquerait l'inquiétude du grand Patron, car l'unique porte-parole et bras droit de Dieu serait menacé de mort...
Elle rencontre également Jack, un mystérieux vagabond des bois aux pouvoirs semblables aux siens, avec qui elle entretient une relation secrète et particulière. Tandis que ses nuits riment avec batailles, ses jours se voient apaisés par la présence insaisissable de Jack.

Image
(Couverture soumise à des droits d'auteur - et uniquement pour la version auto-édition si je ne trouve pas d'éditeur)


Second et troisième tome :
Par la suite des événements, Gabrielle et Jack seront embarqués dans une guerre mondiale pendant le Jugement dernier, opposant les Légendes, les morts, les humains et les chasseurs de primes.


Musiques d'inspiration :








Dernière édition par Anastazia le 23 Juin 2012, 20:49, édité 2 fois.

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 23 Juin 2012, 17:19

PROLOGUE

« Dieu créa la Terre et l'Homme. Son monde était imparfait, alors Il créa les Légendes. » Van Helsing

« Quelque part dans le ciel, depuis la Nuit des temps, Dieu observait les civilisations vivre sur Terre. Pour ajouter un peu de fantaisie à cet univers, Il imagina des créatures mystiques moins primitives, les Légendes. Grâce à leurs pouvoirs surnaturels, elles étaient capables de miracles et destinées à devenir des mythes. Selon l'époque à laquelle elles apparaissaient, les hommes leur donnaient à chacune un nom puis contaient leur histoire. Ainsi naquirent les fables et les légendes. Cette touche de magie rendit le monde parfait.»
Mes yeux s'ouvrirent et fixèrent le plafond. Pour la troisième fois cette semaine, mon père était venu dans ma chambre d'hôpital pour me raconter cette histoire.
« Mais au fil des millénaires, ces privilégiés profitèrent de leurs dons et en abusèrent, au point que les humains ne virent plus en eux que d'orgueilleuses bêtes sauvages. Les facultés de ces êtres mystiques devinrent leur nouvelle convoitise et la jalousie prit une ampleur incontrôlable. La colère nourrit alors le rejet de leur différence. Afin de les calmer et de rétablir plus d'équité, Dieu leur promit force, intelligence et pouvoir. Ces paroles apaisèrent la fureur des hommes jusqu'au jour où ils crurent découvrir la supercherie : les sciences et la philosophie les rendaient intelligents ; la volonté et l'ambition leur donnaient le pouvoir ; l'union faisait la force et les Légendes leur restaient toujours supérieures. Pourtant, cette imposture n'était qu'une image... car Dieu n'avait pas menti : durant l'évolution, certains hommes naquirent surdoués, puissants ou athlétiques. Cette poignée d'« élus » possédaient des capacités de télékinésie, de voyance, de télépathie ou encore de guérison, qui leur permettaient de combattre et d'annihiler la présence des Légendes à l'insu de la population. À l'ère industrielle, la plupart des personnes considéraient ces facultés exceptionnelles comme des fabulations et peu à peu, l'existence des Légendes fut même oubliée, ne perdurant plus qu'au travers des contes de fées. »
D'après lui, j'étais tombée dans le coma suite à un accident. Mais je n'osais pas lui dire que, la nuit, lorsque les lumières s'éteignaient, mes yeux refusaient de se fermer. En cinq jours, pas une seule fois je n'avais trouvé le sommeil. Côté nourriture, mon estomac n'acceptait aucun aliment et j'avais opté pour une technique des moins civilisées : tout passait par la cuvette des toilettes.
« Cependant, les gouvernements cachaient la vérité aux peuples : ces êtres humains aux aptitudes extraordinaires avaient été regroupés dans une armée spéciale, conçue pour exterminer les Légendes qui avaient trouvé un ultime refuge en se camouflant dans la population. Malgré elles, les innocentes créatures ne demandaient, en fait, qu'à être acceptées par les humains dans ce monde qui était aussi le leur. Malheureusement la concorde et la diplomatie n'avaient plus leur place entre ces deux races. Une guerre tenue secrète dura des siècles et les humains n'en tirèrent aucun avantage. De toute évidence, les Légendes étaient immortelles et se relevaient de leurs blessures. Les hommes, eux, cessaient de vivre et leur effectif diminuait à petit feu.»
Une infirmière pressée s'arrêta dans le couloir, devant la porte de ma chambre, et chuchota quelques mots à l'oreille d'une collègue :
« Le patient de Paul nous a lâchés. »
Elle reprit sa course et entra dans la pièce voisine. Comment avais-je pu percevoir ces paroles inaudibles ?
« Les derniers Élus finirent par quitter les rangs de l'armée. Ils firent de cette bataille une affaire personnelle et perpétrèrent des attaques isolées. Ce n'était plus un combat entre les humains et les Légendes pour leur place dans le monde, c'était une guerre pour sauver les valeurs et l'honneur de chacun.
Après des années de recherches, les gouvernements inventèrent une cage radio-active du nom d'Arche. Sa fonction consistait à retirer l'énergie vitale d'une Légende, une fois celle-ci enfermée à l'intérieur. Cette arme intéressa les Élus car elle rendait leurs ennemis mortels, et les chefs d'État passèrent un marché avec eux : ils obtiendraient une récompense s'ils acceptaient de les aider à capturer les Légendes. Une fois privées de leur immortalité, ils leur laisseraient le privilège de les exécuter.
Les gouvernements reprenaient ainsi le contrôle de ce qu'ils avaient perdu et leurs plus redoutables soldats se faisaient dorénavant appeler « les chasseurs de primes ». »
J'entendis un murmure.
« Oui, il est parti cette nuit. Quand Paul a déclaré son décès, il a pété les plombs. Tout le bloc est sens dessus-dessous. »
Je reconnu la voix de l'infirmière qui se trouvait dans la chambre accolée à la mienne. Pourtant, elle était insonorisée.
« Dieu suivait du regard l'évolution de son indigne création et la honte s'empara de lui. L'enfer envahissait son monde et Il ne pouvait fermer les yeux sur sa cruauté. Il décida de tout recommencer, déclencha le Jugement dernier et profita du peu de temps qu'il restait avant la fin pour descendre sur Terre, afin de leur donner une chance de se racheter. Par son acte, Il leur imposa de faire un choix non négociable : la cessation immédiate de leur guerre, suivie de la destruction de l'Arche ouvrant le règne absolu de l'empathie, ou bien, l'extermination de toute vie sur la planète. Bien sûr, Il pouvait désintégrer la machine lui-même, mais Il préféra leur laisser cette tâche pour preuve de leur consentement.
L'humanité fut alors témoin de l'effondrement des villes et une telle puissance l'effraya au plus haut point. Les gouvernements et les Élus acceptèrent de mettre fin à la guerre et Dieu désamorça le processus de la fin du monde.
Depuis ce jour, les Légendes vécurent enfin en paix avec les hommes, même si leur existence demeura secrète à la demande des gouvernements. »
Mon regard troublé se tourna vers John. Celui-ci ferma le livre.
— Tu vois ce manuscrit ? me demanda-t-il. Il a été écrit de la main de Wilhelm Grimm en personne.
— Qui est-ce ?
— L'une des Légendes dont parle cette histoire.
Si mon père me la racontait chaque jour, c'est qu'il devait y avoir une raison. Je me redressai et jetai un œil à la porte pour m'assurer que nous étions seuls.
— Je n'arrive pas à dormir depuis mon réveil et je viens d'entendre une femme parler...
— Du patient de Paul ? me coupa-t-il.
Mes yeux s'écarquillèrent.
— Tu t'y habitueras, mais n'en parle à personne d'autre. En attendant, continue de faire semblant de dormir. Je passerai demain pour te ramener à la maison.
J'avais perdu la mémoire et John ne me donnait aucun détail sur mon passé. Au fil des mois, j'en étais venue à une théorie : mes capacités surnaturelles et ce conte avaient un lien.
Mais c'était là, la genèse d'une tout autre histoire...

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 23 Juin 2012, 17:33

PREMIER CHAPITRE



2252, sur la côte nord-californienne.

Le jour se leva sur Mendocino. Comme tous les matins, je me promenais dans la crique avant de rejoindre l'université où je suivais mes études. J'appréciais la vue et l’odeur de la mer, mais je ressentais surtout le besoin de contempler les premiers rayons du soleil. Il m'arrivait à l'occasion de m'asseoir au bord d'une falaise, de scruter l'horizon, et dans une totale « zénitude », de tenter de me rappeler mon passé. Qui étais-je ? Pourquoi et comment étais-je tombée dans le coma ? Nombreuses étaient les fois où j'avais interrogé mon père mais son explication restait toujours la même : « tu es ce que tu es ». Ma mère nous avait quittés avant mon accident et je ne possédais aucune photo d'elle, pas même une ombre dans mes souvenirs.
Moi, j'étais Gabrielle, une jeune femme amnésique de vingt-trois ans qui ne passait pas inaperçue dans la rue, à cause de mes longs cheveux blancs. Malgré les recherches intensives et vaines sur mon identité, je n'étais pas plus avancée que ça...
Ces moments de tranquillité perduraient rarement dans une si grande ville. Les réacteurs à énergie, qui permettaient aux véhicules de planer à quelques mètres au-dessus du sol, vrombissaient dans les boulevards. Les haut-parleurs de quelques enseignes annonçaient l'ouverture des magasins et les chantiers redémarraient.
Je ramassai un galet et le lançai avec une force surhumaine. La pierre arrondie échoua entre deux vagues, à plusieurs centaines de mètres, et malgré les bruits avoisinants, je parvins à entendre le « plouf » lorsqu’elle pénétra dans l’eau.
— Joli !
Cette remarque me sortit de mes pensées. Une vieille dame qui promenait son chien me regardait.
— Merci, répondis-je, enjouée. Si j’avais mieux calculé l’angle de tir en suivant le sens du vent, elle serait allée plus loin.
La femme âgée haussa les épaules, le sourire aux lèvres.
— À une époque, mon mari entraînait des joueurs de base-ball. Croyez-moi, j’en ai connu des cas ! Si les sportifs d’autrefois savaient ce que le corps humain est capable d'accomplir de nos jours, ils tomberaient des nues.
— J'en suis persuadée, madame Richard, approuvai-je, pleine d’entrain.
Elle continua son chemin tandis que je ramassai une seconde pierre. Soudain, elle s’arrêta et se retourna avec lenteur, l'air surprise.
— Comment connaissez-vous mon nom ?
Lorsque je plongeais mon regard dans celui d'une personne, il m'arrivait parfois de voir son passé, son futur et de ressentir ses émotions. Même si c'était rare, je savais ces choses, bien que je n'eusse pas la moindre idée du fonctionnement de ce pouvoir. Misant sur la chance, la réponse sortit de ma bouche avec naturel.
— J'étais derrière vous à l'épicerie chez les Arnold, l'autre jour. J'ai dû entendre votre nom.
— Eh bien ! Je dois admettre que vous avez une sacrée mémoire, s'exclama-t-elle, le doigt pointé sur moi.
À ces mots, la vieille dame poursuivit sa promenade. « Merci ma bonne étoile ! » fis-je, tout sourire, en lançant la seconde pierre à une centaine de mètres au-delà de la première.
Les cloches de l'église sonnèrent sept coups et je dus me mettre en route vers l'université. Les études ne m'étaient plus indispensables. Non que je les trouvais ennuyeuses, mais mon don me permettait de lire dans la tête des professeurs. Ainsi, je parlais une dizaine de langues couramment, je connaissais tous les programmes de chaque matière, sans compter certaines encyclopédies que je pouvais réciter par cœur. J'étais capable de passer n'importe quel examen sans réviser, mais par principe, je me rendais aux cours pour faire acte de présence.
Sur le trajet, je traversai l'immémorial marché qui s'installait dans les ruelles bondées. Il laissait voyager les odeurs de crêpes, d'encens, de peinture des tableaux d'artistes, de fleurs et de cafés importés des quatre coins du globe. Au bout de la rue, un pauvre et maigre vieillard quémandait quelques pièces pour manger. Un marchand essayait de vendre des appareils électroniques et mécaniques assez coûteux – peut-être même trop pour ce quartier défavorisé. En face de son stand, un vendeur de fruits et légumes désirait l'un de ses ordinateurs et entreprit des négociations pour troquer sa marchandise contre la machine. Mais son interlocuteur semblait désintéressé. Une idée me vint à l'esprit et je m'arrêtai devant l'arsenal cybernétique.
— Combien pour cet engin ? demandai-je, avec le sourire, en désignant le P.C..
— 350 dollars, Mademoiselle ! En bon état de marche, je vous le dis, et il possède toutes les fonctions possibles et imaginables !
Dans mon dos, le grassouillet légumier fronça les sourcils puis la tristesse le gagna, déçu de ne pas être parvenu à obtenir l'objet avant un autre client potentiel. Sans hésiter, j’acquiesçai et présentai mes empreintes digitales au boîtier de paiement, posé sur le comptoir. Je songeai à remercier mon père pour son avance d'argent de poche. L'homme, heureux de sa première et sans doute seule grosse vente de la journée, emballa l'ordinateur et m'exprima sa reconnaissance avec courtoisie. Après un hochement de tête, je me dirigeai vers les légumes.
— Qu'est-ce que ce sera pour vous, Mademoiselle ? grogna-t-il, d'un ton peu commercial.
Mon large sourire le désarma et son visage se décontracta, puis devint radieux lorsque je lui tendis l'engin.
— Donnez-moi de quoi manger et il est à vous.
Je ressentis la vague d'émotion qui le gagnait. Cette proposition l'envahit de joie ; sa journée serait illuminée. Je repartis avec une caisse pleine de succulents fruits et légumes de toutes tailles ; une fois la rue traversée, la déposai devant le vieillard affamé. Stupéfait par une telle générosité, il attrapa ma main et l'étreignit de reconnaissance.
— Merci, bégaya-t-il en perdant ses moyens.
Les deux marchands s'échangèrent un regard ahuri puis me scrutèrent tandis que je m'éclipsai dans la foule.
La vie nous offrait des cadeaux à chaque instant, il suffisait de savoir les apprécier.
À l'entrée de l'université, je présentai mon œil gauche au scanner d'iris. La diode verte s’alluma et le portail s’ouvrit, me laissant le passage vers la cour arborée.
Après plusieurs années d’études dans ce même établissement, April continuait de s’y perdre. C’est pourquoi elle m’attendait chaque matin derrière le portail, accompagnée de son frère jumeau Allan et de Pablo, un Mexicain, meilleur ami d’Allan. Le frère et la sœur s'interrogeaient mutuellement sur la Troisième Guerre mondiale, le sujet d’histoire de la veille. Pablo jouait l’arbitre pour savoir qui apporterait le maximum de bonnes réponses.
Je les rejoignis d’un pas lent et écoutai les questions posées, que je parvins à lire sur leurs lèvres. Je répondis à chacune d’elles avec aisance et à voix basse. Ce n’était pas pour réviser les cours, mais pour tester mon don. Je ne m’en lassais jamais.
— Il y a un examen ? demandai-je, en guise de bonjour.
— Gabi ! me salua Pablo, le sourire aux lèvres.
— Non, me rétorqua froidement April. Vois-tu, Allan est persuadé d’être meilleur que moi en histoire. Or, tout le monde sait que sa matière, c’est la physique quantique et que la mienne, c’est l’histoire. Donc, j’ai décidé de lui mettre la pâtée pour lui prouver qu’il a tort !
— Tu en fais trop, lui répondis-je avec franchise.
— Là, elle marque un point, lança Pablo d’un air amusé.
— Quoi ? s’énerva-t-elle.
Je gardai ma bonne humeur et continuai à m’exprimer avec le sourire.
— Si tu es si bonne en histoire, tu devrais savoir que ce genre de réaction a provoqué des guerres.
Elle haussa les sourcils pendant que ma pensée s'évadait. Je considérais April comme une pipelette qui devait savoir s’arrêter quand il le fallait. Elle trouvait souvent le moyen de se plaindre, avec ou sans raison, et je préférais tendre l’oreille, me taire et écouter le vent fouetter le feuillage des arbres. Plongée dans une grande concentration, mon ouïe me transporta dans des endroits plus sauvages. J'entendis les oiseaux chanter dans la forêt derrière la ville ; un ruisseau ; une branche morte cassée sous le poids d’une patte animale ; un poisson sauter à la surface de l’eau salée de l’océan... Je me surpris même à percevoir le battement d’ailes d’un passereau qui volait à plus de quinze kilomètres d’ici.
Cette faculté me réclamait un effort considérable ; elle m'épuisait rapidement et je dus abandonner l'idée de capter un son plus lointain. Ce don était aléatoire. Parfois, hors de mon contrôle, il m'arrivait d'entendre certains bruits éloignés, comme si mon subconscient manipulait ce pouvoir pour me faire passer des messages.
Tandis qu'April respirait à pleins poumons et s’accordait quelques secondes de réflexion les yeux levés vers le sommet d’un arbre, je pris le chemin du premier cours.
— Attends-moi ! cria-t-elle en me rejoignant au pas de course.

Les élèves furent invités à s’asseoir sur leur tabouret. À l'entrée, chacun se munit d’un casque avec micro, lesquels étaient rangés dans une caisse en plastique, sur le bureau de verre du professeur. Le projet du mois consistait à créer un système informatique ultra-perfectionné.
Plusieurs étudiants s’en réjouissaient, jusqu’au moment où l’enseignant annonça que, durant une semaine, nous apprendrions les bases en visuel puis entamerions la pratique.
— Allumez vos écrans ! ordonna avec gentillesse monsieur Muller, le vieux prof, adossé au mur d’en face, les mains dans les poches.
Je m'équipai de mon casque et l’activai grâce au bouton situé près du micro. Une lunette holographique apparut devant mon œil gauche et me proposa différents menus. « Démarrage » fut annoncé dans un brouhaha, puis un laser rouge sortit d’une boule noire encastrée dans le sol et monta avec lenteur jusqu’à hauteur de nos têtes. À cet instant, un écran lumineux, transparent et divisé en plusieurs parties, s’afficha face à nous. Les adeptes de cette technologie commencèrent à pianoter pour faire glisser les fenêtres les unes sur les autres.
Les yeux tournés vers la baie vitrée, je regardai la mer. Cette matière me causait des migraines. Mes oreilles sensibles détestaient le ronronnement des ordinateurs et il était rare que je suive ce cours. Je cherchai avec désespoir un bruit extérieur plus paisible, mais la douleur lancinante m’en empêcha.
— Gabi ? Tu peux me tirer d’affaire sur ce coup-là ? me demanda April, à ma droite.
— Pourquoi ?
— Oh ! Moi et l’informatique… et pour une fois que tu participes à cette leçon, tes lumières vont pouvoir m’éclairer.
— Qu’est-ce qui te fait croire que je pourrais t’aider ? m'informai-je en la regardant à travers ma lunette. Tu sais bien que je sèche à chaque fois qu'on a informatique.
— Tu as toujours réponse à tout ! Ne dis pas le contraire. En tout cas, tu seras meilleure que moi, j’en suis sûre.
Je détestais l’idée qu’April puisse me voir comme une madame je-sais-tout et envisageais d’y remédier dans les plus brefs délais.
— D’accord, lançai-je d’un ton faussé.
April sourit, s’empressa de suivre les indications de l’ordinateur et fit valser les fenêtres lumineuses autour d’elle.
Elle demeurait la deuxième personne, après mon père, que je n’avais jamais réussi à sonder. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir essayé... Je me méfiais d’elle bien plus que des responsables politiques ou des inconnus ; mon intuition me retenait de lui accorder ma confiance. Mais je ne la considérais pas pour autant comme une ennemie, car elle était la seule à accepter ce que les autres appelaient ma « bizarrerie ».
Soudain, je pressentis qu’une catastrophe se préparait. Mes membres s'affaiblissaient, ce qui était anormal, car j'étais toujours en forme. Les légers coups de fatigue, après avoir utilisé l'une de mes capacités surnaturelles, étaient différents. Cette fois-ci, mon corps me mettait en garde.
Dans un état second, je tentai de me concentrer sur les données flottantes tout en continuant à guetter les alentours. Tandis que je m’apprêtais à faire glisser la fenêtre « Système » dans celle « Apprentissage », du bout des doigts, je remarquai une pellicule multicolore sur mon écran. Je plissai les yeux et me rendis compte que cette petite membrane était, en réalité, une microscopique particule de poussière qui se baladait entre les couleurs de l’hologramme. Je pris un peu de recul et tournai la tête un instant vers l’extérieur, persuadée de rêver.
Je ressentis une étrange sensation aux pupilles. Ce fut agréable, mais alarmant. Après avoir cligné plusieurs fois les paupières, ma vision devint de plus en plus nette.
À ce moment, j'aperçus avec précision un homme manœuvrer son voilier, à environ trois kilomètres et demi d’ici. Il portait une veste kaki et une casquette blanche. Son pantalon ou son short était caché par la coque du bateau. Plus étonnant, je parvenais à observer d’une façon détaillée une goutte d’eau, qui glissait à l’horizontale au-dessus de la ligne de flottaison, puis je remarquai une minuscule déchirure de la voile, de cinq millimètres, vers le sommet du mât.
Abasourdie, je fermai les yeux avec force et entendis les semelles de cuir du professeur grincer sur le lino. Comme je le craignais, il venait dans ma direction.
— Tout va bien, mademoiselle… ? demanda-t-il en cherchant mon nom dans sa mémoire.
— … Spenser. Mademoiselle Spenser, lui répondis-je, le plus calmement possible – je n’osais toujours pas ouvrir les yeux.
— Mademoiselle Spenser. Vous avez un problème ?
J'imaginai, durant quelques secondes, la réaction de monsieur Muller si j'avouais la vérité : « J'ai des jumelles à la place des yeux... » Il éclaterait alors de rire et je deviendrais une bête de foire pour le restant de mes jours.
— C’est que… voilà, ma lunette est mal réglée, elle me donne mal à la tête. Je peux sortir un moment ?
— Soyez rassurée, nous commencerons par la mise hors tension de l’appareil, répondit-il en appuyant sur le bouton pour éteindre la binoculaire.
Puis il me retira le casque de la tête.
— Allez-y, ouvrez-les !
Coincée. Je n’avais plus le choix et je ne voulais surtout pas attirer l'attention. Même aveugle, mes oreilles me permettaient de « voir » ce qu'il se passait dans la classe. À l’affût du moindre son, mon cerveau se contentait automatiquement de les dissocier, de les discerner et de les localiser. Je fonctionnais comme un radar. À mon grand regret, tous mes camarades devinrent curieux et chuchotèrent des inepties à mon égard.
J'ouvris les paupières et mon regard se posa sur l’écran. Je n’avais pas seulement acquis la capacité de voir très loin, mais en plus avec une appréciable netteté qui me permettait de distinguer chaque détail de chaque élément. Alors que je cogitais sur les couleurs artificielles du laser, un picotement intense me foudroya la rétine. Prise de douleurs déchirantes, je portai aussitôt mes mains à mes yeux dans un réflexe de protection et hurlai. April chercha à me rassurer en attrapant mon épaule, mais je paniquai, perdis l’équilibre et glissai de mon tabouret.
Des nuages noirs se formèrent subitement au-dessus de la ville, le tonnerre ne tarda pas à gronder. Des vents violents se levèrent et les flots se déchaînèrent dans la tempête tandis que les premiers éclairs fusaient ici et là.
Les élèves et le professeur tournèrent leur attention vers l’étrange phénomène atmosphérique. J'entendis certains cœurs s’emballer, d’autres rester calmes et réguliers.
— C’est quoi, ça ? demanda un étudiant, d’une voix tremblante.
Cette question en éveilla d’autres à la cantonade.
Une coupure de courant effaça les écrans et plongea l’université dans l’obscurité. Quelques cris dans les classes voisines résonnèrent et les élèves paniquèrent à leur tour. Monsieur Muller, d’une voix rassurante, tenta de les calmer en les priant de se rasseoir.
Plusieurs éclairs tombèrent à proximité, puis l’un d’eux finit par frapper le sol à quelques mètres de l’établissement. Les vitres éclatèrent en morceaux et le vent s’engouffra dans la pièce.
Les élèves hurlèrent de plus belle et se réfugièrent contre le mur. Certains prirent l’initiative de sortir dans le couloir, d’autres étaient trop apeurés pour bouger ne serait-ce que le petit doigt.
J'entrouvris les yeux, serrai les dents sous la souffrance et levai la tête vers April. Cette dernière, debout, immobile, me porta un regard stoïque. Elle chuchota avec lenteur en prenant soin d’articuler chaque mot :
« Je sais qui tu es, Gabrielle. Je sais tout sur tes pouvoirs. »
Elle accompagna cet aveu d’un sourire narquois.
À ces paroles, je me crispai et mes pensées devinrent incontrôlables. En quelques secondes, la sagesse m’abandonna et me laissa pour seule compagne la colère. April aurait dû ignorer mes dons. Jamais elle n'aurait dû les mentionner devant tous ces gens et je craignis que quelqu'un l'ait entendue. Là se trouvait sûrement la raison pour laquelle je ne voyais pas en elle. Était-elle comme moi ? Possédait-elle, elle aussi, des capacités spéciales ? La réponse m'indifférait ; si c'était le cas, elle aurait dû connaître la principale règle : garder cette information pour elle. Je vivais une pure trahison et je me trouvais au stade où la folie me manipulait.
La pluie redoubla de puissance, des grêlons apparurent et s’écrasèrent par violentes rafales sur la ville. Les coups de tonnerre assourdissants se rapprochaient les uns des autres.
April tourna lentement la tête vers l’extérieur. L’eau inondait son visage, les petits morceaux de glace explosèrent à ses pieds et finirent leur voyage contre le mur. Elle affichait un sourire sadique qui laissa place à un hurlement :
— Vas-y, Gabrielle ! Déchaîne les éléments !
Sa voix démoniaque et inhumaine me donna froid dans le dos. Prise de frénésie, elle lâcha un dernier cri de rage et une décharge électrique frappa le toit du bâtiment. Un ultime éclair aveuglant, dont je perçus en détail la forme nette et parfaite grâce à mon nouveau talent, entra par l'une des fenêtres. Il foudroya April et disparut aussi vite qu’il était apparu.
Sur le coup, je ne le réalisai pas, mais les cris venaient de cesser. Ma colère s'était évaporée avec l'orage et je repris mon calme légendaire. Quelques feuilles d’arbre effectuaient leur dernière danse avant de toucher le sol, car le vent s'était arrêté. Les nuages s'estompaient et le soleil se montra de nouveau.
Un silence glacial fit surface et je me levai avec maladresse afin d'observer les dégâts. Les élèves étaient en piteux état, tous étaient allongés au sol, inertes. Dans un grand soulagement, je perçus les battements de leurs cœurs. Les pulsations étaient faibles, mais existantes.
Lorsque mes pieds arrivèrent au niveau d’April, ma mâchoire se serra. Elle semblait si paisible. Je m’agenouillai à ses côtés et pris sa main dans la mienne. Je compris que c’était fini, je ne l’entendrais plus jamais rire ou râler. Son cœur avait cessé de battre et sa peau avait changé de couleur. J'écartai de son visage ses belles anglaises blondes, devenues crépues et brunes. Je ne ressentis aucune tristesse, mais un bien-être pour moi inexplicable. Tout s’était passé si vite. Comment pouvais-je éprouver cette sensation après avoir assassiné April ?
Les ambulances, les pompiers et la police arrivèrent. Je les reconnus grâce aux sirènes qui retentissaient dans les rues.
J'eus le sentiment de devenir un monstre. Le soulagement qui m’animait contribuait à le confirmer. Des larmes auraient dû couler. Le chagrin aurait dû m’anéantir. Au lieu de ça, mon visage restait neutre et je mourrais d’envie de sourire. Une petite voix au fond de moi me disait que j’avais libéré April, mais je me demandais bien de quoi. Et quelle était cette voix qui se permettait de me dicter mes pensées ?
Les secouristes entrèrent en trombe et m'arrachèrent à elle pour m'emmener hors de la salle.
On m'obligea à monter à l'arrière d'une ambulance. Le corps d'un élève se trouvait sur une civière aux draps blancs tachés de sang à plusieurs endroits. L'oreiller, qui supportait sa tête méconnaissable, était parsemé de pellicules marron, celles de sa peau brûlée qui cloquait au niveau de son cou. Le matelas sous le jeune homme devait en être couvert.
Un pompier, assisté d’un infirmier, tentait de ranimer la victime immobile, mais je savais que son cœur ne battrait plus jamais. Le bip de la machine, ainsi que la ligne verte qui s'y associait, restaient continus.
Alors qu'ils s'acharnaient sur lui, je regardai par la vitre arrière : ils couraient tous. Ils hurlaient tous. À l’extérieur, régnait le chaos. Je me crus au milieu d'un champ de bataille de la Troisième Guerre mondiale. Du moins, toute cette agitation y faisait penser.

Je perdis connaissance. Lorsque je revins à moi, j'étais toujours dans l'ambulance, à l'entrée de l'hôpital, assise à la même place. Un médecin d'une trentaine d'années prit ma tension. Il examina mes yeux avec une lampe-stylo, puis retira une barrette en métal de la poche de sa blouse blanche. Il appuya dessus de l’extrémité du pouce et de l’index, une fenêtre lumineuse de quinze centimètres en sortit sur la longueur. Le docteur plaça l’écran devant mon iris, afin de récolter les informations qui lui manquaient. Il cligna des paupières et haussa les sourcils.
— Bien ! Mademoiselle Spenser, vous êtes une miraculée, s’exclama-t-il. Le bilan est grave : vous êtes la seule personne sortie indemne de cette catastrophe.
Il semblait plutôt à l’aise pour annoncer cette tragique nouvelle.
— La seule ?
— Malheureusement, oui. Nous attendons le diagnostic des nouveaux arrivants, mais à cette heure, vous paraissez être la seule en parfaite santé.
Après avoir pianoté sur son bloc-notes tactile, il effaça son écran et rangea la barrette dans sa poche.
— Ce que l'on raconte est sûrement vrai, sourit-il.
— À quel propos ?
— Allons ! Vous savez bien. On dit que les êtres humains aux yeux vairons sont bénis par la chance. Vous en êtes la preuve, ajouta-t-il en pointant de son index mes pupilles l'une après l'autre. L'hétérochromie est un sujet qui me passionne. Votre iris droit est bleu ciel. Quant à celui de gauche...
Il se pencha pour mieux voir, fronça les sourcils et retira ses lunettes. J'en profitai pour plonger mes yeux dans les siens et user de mes talents.
— Étrange... Un vert clair aux reflets or et pourtant, le vert reste la couleur dominante. Il faut s’en approcher pour s’en rendre compte. Attendez !
Alors qu'il se tourna vers l'autre œil, mon regard était devenu menaçant, mais le docteur, trop près, ne l’avait pas remarqué. Tout comme April, je n'arrivais pas à sonder les pensées du toubib. Je n'apercevais rien, à part mon reflet à travers sa pupille. C'était louche.
— Alors, ça ! s’exclama-t-il. Le bleu se révèle dominant, mais on peut y percevoir des nuances argentées. C’est la première fois que je rencontre un cas d'une telle magnificence.
Je déviai le regard pour le porter sur ses mains, toujours posées sur ses lunettes ; elles étaient moites, sa respiration était légèrement saccadée et son cœur battait de façon irrégulière. Je devins sceptique à l'idée qu'un corps puisse tolérer un rythme cardiaque aussi étrange que celui-ci. Mon instinct me poussa à fuir et je dus lutter de toutes mes forces pour contenir mon impatience.
— Puis-je partir ? demandai-je, d’une voix sereine.
— Oh ! Pardonnez-moi si je vous ai embarrassée ! Nous devons vous garder quelques jours en observation.
— Vous venez de reconnaître que je me porte bien, insistai-je.
— Nous devons suivre la procédure, me répondit-il d'un ton sec.
Je ne pouvais rester plus longtemps. Ceci devint une obsession qui ne me lâchait plus et ma résignation avait des limites.
— Navrée, mais je vous quitte, déclarai-je avec énergie, à ma descente précipitée de l’ambulance.
Je filai aussi vite que je pus.
— Arrêtez-la ! hurla le docteur.
Deux policiers furent envoyés à ma poursuite. Alors que mes muscles s’échauffaient dans la course, je lançai un regard par-dessus mon épaule. Je perdais du terrain.
— Concentre-toi, Gabrielle, me chuchotai-je. Ce n’est pas le moment de flancher.
Être capable de réveiller une tempête surréaliste, à cause d’une saute d’humeur, impliquait forcément de grandes responsabilités et surtout une maîtrise absolue de soi. Comment pourrais-je le supporter ?
Et April ? Pourquoi n’avais-je pas réussi à lire dans son esprit ? Ce docteur n’avait pas l’air très clair non plus et je compris que je devais fuir ces mystérieuses personnes. Je me savais dangereuse. Même si la principale cause de ce cataclysme était une panique soudaine, j'avais ressenti une pulsion meurtrière à l'encontre d'April, pendant ce court instant où j'avais vu en elle un démon. J'avais souhaité sa mort et obtenu ce que je voulais.
Pourtant, je n’avais pas désiré d’autres victimes. C’était un accident et je le reconnaissais volontiers. Mais ça ne devait plus jamais se reproduire.
Mon cœur battait à vive allure et je fixai mon regard droit devant. Les policiers me rattrapaient. Je pris une grande inspiration et mes jambes s’allongèrent de plus en plus sur la route, pour me propulser plus loin et me faire gagner de la vitesse. Sous les yeux hébétés de mes poursuivants, j'entamai une puissante accélération, dépassai un aeroboard puis les semai. La pointe de mes pieds frôlaient le sol tous les quatre mètres. Comme portée par le vent, j'eus l'impression de voler. Surprise par cette célérité, je jetai un œil sur mes jambes et retrouvai le sourire avant de disparaître dans l'une des nombreuses ruelles perpendiculaires de Mendocino.

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Anastazia
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Genre de livres que vous lisez le plus souvent ? : Fantastique
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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 23 Juin 2012, 17:42

SECOND CHAPITRE


Depuis le toit d’un immeuble, j'observais la lune. Son aura démesurée couvrait la ville d'une douce lueur, l'empêchant d'être engloutie par l'obscurité. Perçant les fenêtres, les lumières des maisons ressemblaient à des milliers d’étoiles dans le ciel. Mendocino était si belle et si chaleureuse ainsi.
Je m’y sentais bien, mais ma présence dans cette ville mettait désormais ses habitants en danger. Je méconnaissais les limites de mes facultés et après ce qu'il s'était passé, il m'était impossible d’affirmer qu’une catastrophe ne se reproduirait plus. C'est pourquoi je pris une grande décision.
Je devais partir loin d'ici.
Après avoir adressé mes adieux à ce magnifique paysage, je m’apprêtais à rejoindre la maison de mon père quand un bourdonnement résonna dans ma tête. Une nouvelle crise se préparait-elle ? C’était indolore et, l’espace d’un instant, je crus que ce tintement étouffait une voix. Je ne parvins pas à déchiffrer ce qu’elle disait. Puis le bruit disparut.
Ce fut trop bref pour éveiller ma curiosité et, de toute façon, ma priorité était de remplir un sac de vêtements et d’objets personnels pour quitter cette région au plus vite.

Le lendemain, quinze heures.

Assise face à John, dans notre salon contemporain aux formes arrondies, je lui racontais les événements de la journée précédente : le phénomène cataclysmique à l'université, qu'il n'avait pas pu manquer ; la mort d'April, qui le laissa indifférent de manière déroutante ; mon incapacité à lire le passé et l'identité du médecin, ainsi que ceux de ma défunte « amie ». Ce dernier détail avait avivé sa curiosité et il s'empressa de me questionner sur ce sujet :
— Es-tu sûre de ce que tu dis ?
— Je sais, tu m'as déjà expliqué que si je ne pouvais voir en toi, c'était parce que, d'une certaine façon, tu m'en empêchais. Mais lui et April paraissaient différents. J'ai pu pénétrer dans leurs têtes, mais... elles étaient vides.
Son regard s'était dirigé vers l'extérieur. Il s'assombrit. Lorsque son visage changeait d'expression de manière aussi catégorique, il me déplaisait de ne pas deviner à quoi il songeait, car d'ordinaire, en toutes situations, il gardait un air neutre et impassible.
— Je pense avoir déclenché cette catastrophe climatique dès l'instant où j'ai acquis un nouveau don. C'est incroyable, je peux voir à des kilomètres ! Quand April m'a dit qu'elle savait pour mes pouvoirs...
— Elle était au courant ? me coupa-t-il.
— J'en ai l'impression. Sinon, pourquoi les aurait-elle évoqués avec une telle certitude ?
— Il faut partir, déclara-t-il d'un ton sans appel.
Je détestais quand il faisait ça, comme s'il pouvait prédire mes projets avant que je n'aie eu le temps d'en discuter avec lui. Néanmoins, ses raisons semblaient différentes des miennes.
Sans transition, il saisit ses lunettes de soleil et les clés de la voiture, posées sur un meuble.
— Mais... et mes affaires ?
— Là où nous allons, tu n'en auras nul besoin.
À ces mots, je lui emboîtai le pas pour rejoindre l'Alfa Romeo Pandion qui nous attendait dans l'allée gravillonnée. Il détestait les voitures familiales. « Ça n'a pas de gueule », disait-il toujours à ses amis lorsqu'ils parlaient automobile. C'était un prototype, un modèle coupé jamais commercialisé, doté de larges surfaces vitrées et d'une calandre en V. Je ne m'étais jamais demandée où il avait pu se la procurer. Certainement grâce à l'une de ses nombreuses connaissances, dont il se vantait en permanence. La sienne apparaissait démodée depuis des décennies, mais il s'en montrait fier.
Je montai côté passager, sur le siège bleu azur d'un revêtement Technogel, puis l'élytre se ferma en arc de cercle. John lança le GPS holographique : une fenêtre aux lignes lumineuses et vertes s'afficha au-dessus du tableau de bord. D'habitude, il ne s'en servait jamais. Pour la première fois, je le voyais l’utiliser. Il commença à pianoter. « Destination ? » venait de demander une douce voix informatisée, mettant fin au silence.
— OLD, ordonna-t-il.
Une courte mélodie résonna et la case vira au bleu. « Destination enregistrée », confirma la voix robotisée. Une carte transparente s'étala sur le pare-brise ; elle donnait une vue sur l'ensemble de la région. Un point blanc clignota dans une zone vert foncé, qui représentait sans nul doute la forêt, et l'itinéraire s'afficha pour mettre en évidence la route à suivre.
— « OLD » ? demandai-je.
— Attache ta ceinture ! répondit-il avec fermeté.
Il visualisa le trajet à suivre, pendant que j'accrochais la boucle de ma ceinture, et hésita quelques secondes avant de jouer à nouveau avec les fenêtres. « Recherche d'un nouvel itinéraire en cours », lança la voix. Instantanément, un parcours différent fut donné. Il paraissait plus court, mais d'après le GPS, il partait du centre-ville jusque dans la forêt, en une ligne droite.
— Tu es pressé au point de traverser les murs et arracher les arbres au passage ?
— Pas le temps de t'expliquer, lâcha-t-il.
Il confirma l'itinéraire et appuya sur le champignon, la carte disparut du pare-brise pour reprendre sa taille miniature. J'ignorais à quoi il pensait, mais quelque chose le tracassait.
OLD... Pour moi, c'était une découverte. Ça ressemblait à un code pour GPS, comme une sorte de macro qu'il aurait spécialement conçue pour ce circuit. Comment le savoir ? Nous n'étions pas très proches et nous discutions peu. Nous n'avions jamais connu de véritable relation père et fille. Si j'avais besoin de lui parler, il écoutait et me conseillait, mais ça s'arrêtait là. Pour moi, il restait un banal tuteur et si, dans le passé, nous avions eu une sincère complicité, elle s'était évaporée durant mon coma. Peut-être n'avait-elle jamais existé. Ou John cachait bien son jeu...
Je regardais les bâtiments défiler tandis qu'il conduisait au-dessus de la limite de vitesse autorisée. Par intermittence, il jetait un œil sur l'hologramme qui affichait trois nouvelles fenêtres. Des caméras braquées vers l'arrière. À en deviner leurs positions, l'une d'elle se trouvait sous le pot d'échappement et les deux autres de chaque côtés.
— Tu roules trop vite, constatai-je.
Il ignora ma remarque et donna des coups de volant pour doubler avec imprudence une voiture, puis deux, puis trois. Bien que peu nombreux, les véhicules sans réacteur circulaient toujours sur les anciennes routes. Si nous étions restés en ville, on lui aurait retiré son permis. Les radars ne cessaient de flasher.
Qui aurait cru que mon père deviendrait un véritable pilote ?
Mon regard n'arrivait pas à suivre les automobiles lors des dépassements, mais mon cerveau gardait une image précise de ce que j'y voyais. Ainsi, sans avoir le souvenir d'y avoir jeté un œil, je me rendis compte que la voiture de derrière était entretenue par un maniaque de la propreté.
J'appuyai le bout de mes doigts et mon front contre la glace pour tenter une nouvelle expérience : examiner l’intérieur d’un véhicule sans le regarder.
— Éloigne-toi de la vitre, tu vas finir par te cogner, me suggéra John.
— Ça t'incitera peut-être à ralentir, protestai-je.
Il soupira et continua à donner des coups de volant pour slalomer entre les obstacles, quand soudain, après avoir jeté un œil aux caméras, il grimaça et grommela « c’est pas vrai ! ».
Des alarmes retentirent ; trois policiers sur leurs bécanes volantes nous prenaient en chasse. Décidément, ça devenait une manie dans la famille.
— Je t'ai demandé de ne pas rester collée au carreau, répéta-t-il de façon plus persuasive.
— Sois raisonnable... Tu comptes vraiment te lancer dans une course-poursuite ? m'inquiétai-je, absorbée par ma nouvelle occupation.
Je fus plaquée au siège lorsqu'il appuya à fond sur la pédale d’accélérateur. Sous ses 450 chevaux, l'Alfa Romeo s’élança et franchit avec rapidité les 150 kilomètres à l'heure. Perturbée, je baissai les yeux sur le moniteur : je préférais regarder ce qu'il se passait à l'arrière plutôt que vers l’avant. Soudain, mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Je doutai d’avoir bien vu. Sur la caméra numéro 3, placée au niveau du pot d'échappement, j'aperçus une masse noire flottante et floue qui doublait une voiture et se cachait derrière une autre. La chose ressemblait à un voile, comme un fantôme, et elle avait l'air de nous suivre.
— T'as vu ça ? lançai-je.
— Oui.
Les policiers l'avaient distinguée et avaient sorti leur arme. Deux d'entre eux freinèrent d'un coup sec et se séparèrent pour la prendre en filature.
Malgré la vitesse, je lâchai l'hologramme des yeux et me tournai sur mon siège pour observer la scène à travers la vitre. Tandis que l'un des représentants de la loi s'approcha trop près du voile, celui-ci l'enveloppa. S'ensuivit un hurlement, et il recracha la moto. Elle s'écrasa contre le pilier d'un pont à quelques mètres de nous et perturba la circulation.
— Qu'est-ce que c'est que ça ? demandai-je nerveusement à John. Ce truc l'a avalé !
Le motard qui nous pourchassait nous lâcha pour prêter main-forte à son coéquipier.
Sur l’hologramme, mon père glissa son doigt sur une case noir et jaune clignotante.
« Confirmation ? » réclama l’ordinateur de bord.
— Confirmé, répondit-il.
« Erreur. Point de départ non atteint. »
— Je sais, grogna-t-il en s'énervant sur les fenêtres.
Il se concentra sur sa conduite périlleuse, grilla les priorités et arracha les réacteurs d'un véhicule alors que l'engin manœuvrait pour se poser au sol. Secouée par l'impact, la panique me gagna peu à peu et j'aperçus, au même moment, du coin de l’œil, le second policier se faire absorber par la créature. Tandis que la machine volante percutait une voiture puis explosa avec les passagers sur la route, le troisième justicier ouvrit le feu.
Insensible aux balles qui traversaient sa cape, le fantôme accéléra et chargea droit sur nous. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter et John monta jusqu'à 180 kilomètres à l'heure, dans l'espérance de le distancer.
Le motard s'obstinait à tirer sur la chose dès que l'opportunité se présentait à lui – lorsque la population était hors d'atteinte – et plusieurs projectiles frôlèrent notre véhicule. L'hologramme s'affola et clignota rouge de tous les côtés.
La créature se cramponna sur les ailerons qui ornaient l'arrière de l'Alfa Romeo, ce qui engendra une secousse et un ralentissement. Le drap noir démasqua une tête squelettique, dont la mandibule déboîtée tombait de travers : un digne spécimen des films d'horreur.
Une balle se logea dans son épaule et l'apparition se figea un instant en me regardant droit dans les yeux. Elle se mit à trembler de colère, lâcha un cri strident et se détacha du véhicule pour s'attaquer au dernier agent. Le voile esquiva les rafales, enroba le tireur et un ultime hurlement résonna dans mes oreilles.
La moto fut alors projetée dans notre direction.
— Fonce ! m'époumonai-je.
— Impossible, c'est l'heure de pointe.
Ses mots eurent l'effet d'une claque, mes yeux s'agrandirent et je me retournai avec lenteur. Nous arrivions au centre-ville et ça bouchonnait, en bas de la rue, aussi bien que dans les airs. Nous approchions d'un camion-citerne et le calcul paraissait rapide : la bécane allait le heurter de plein fouet, au moment où nous passerions dessous.
— Tu vois ce que je vois ?
— Respire un bon coup ! lâcha mon père.
Les muscles de sa mâchoire carrée se contractèrent et il tenta de garder son sang-froid en demandant une nouvelle confirmation à l'ordinateur de bord.
« Erreur. Point de départ non atteint », répéta la voix plusieurs fois.
Alors que la citerne se trouvait au-dessus de nous, l'engin à deux roues s'encastra dans la remorque remplie de produits inflammables. Puis dans une scène au ralenti, le doigt de John toucha la fenêtre holographique flottante, puis prononça une fois de plus « confirmé ! ». Le souffle de l'explosion m'écrasa contre le siège et la case devint bleue, suivie d'une mélodie qui me ramena à la raison.
« Téléportation activée. »
Tout à coup, tout passa au sombre. La route, les bâtiments, le décor, les flammes qui léchaient les parois de notre voiture, tout s’était évanoui. Nous étions plongés dans l'obscurité totale. Seule la clarté du tableau de bord et de l'hologramme nous éclairait. Les caméras ne fonctionnaient plus ; le moniteur affichait des images brouillées. À l’intérieur comme à l’extérieur, tout semblait calme. Il n'y avait plus un bruit, pas même le ronronnement du moteur.
Trois secondes plus tard, la lumière blanche du jour nous aveugla, comme à la sortie d’un tunnel, et l'Alfa Romeo retomba au sol en nous secouant avec violence. John la fit déraper sur un chemin de terre ; nous venions de nous poser en pleine forêt.
— Waouh ! J'adore cette voiture ! s'exclama-t-il, une fois le véhicule stoppé.
J'avais saisi la ligne droite indiquée par le GPS : c'était la trajectoire de la téléportation. Par déduction, j'en conclus que malgré la portée maximale, le point de départ se trouvait au centre-ville. Il lui était impossible d'activer cette fonction depuis la maison.
J'ordonnai machinalement l'ouverture de la portière. Lorsque mon pied écrasa la mousse verte au sol, une sensation de sécurité m'envahit. Je sortais d'un cercueil sur essieux. Pour retrouver mes esprits, je respirai un bon coup et tous les parfums de la forêt me prirent par surprise : des senteurs nouvelles me montraient un tout autre aspect de mère Nature, plus douce, apaisante et envoûtante.
Quelques brindilles caressaient mes chaussures de toile et de dentelle blanches et encerclaient mes chevilles nues. Mon imagination me jouait à l'évidence des tours à cause du vent qui venait de se lever, mais j'eus l'impression qu'elles m'agrippaient pour ne plus me laisser partir.
Avant même d'avoir pu relever les yeux, John s'empara de mon bras et m'emmena de force, l'air paniqué.
— Dépêchons-nous ! s’affola-t-il en accélérant le pas. Il faudra plus d'une dizaine de kilomètres pour démotiver cette chose.
Au fur et à mesure que nous avancions, le chemin de terre devenait un sentier étroit presque impraticable. Quelques branches nous fouettaient le visage. J'avais beau traîner la patte, John gardait la cadence. Sa tension montait en flèche et il était à deux doigts de la crise cardiaque à chaque bruit que nous entendions.
— Une fois dans la cabane, reste à l'intérieur jusqu'à son départ ! Tu m'as bien compris ? Sous aucun prétexte, tu ne dois te trouver face à lui, m'enjoignit-il.
Arrivés dans un endroit plus dégagé, nous nous arrêtâmes. La stupéfaction me saisit.

Une construction rudimentaire à deux étages se situait au milieu d'une petite clairière. Le bois vieilli avait pris une teinte claire, la mousse fraîche recouvrait le toit et certaines parties des façades. Des lianes suspendues sous les balcons et des plantes grimpantes à bourgeons encadraient les portes et les fenêtres. Des fleurs de toutes tailles et de toutes formes, aux diverses émanations, envahissaient le périmètre. Un léger courant d'air traversait les arbres et jouait avec les rayons du soleil, ce qui donnait un effet d'étincelles dans les feuillages.
Le spectacle était magnifique : un petit paradis au milieu de la nature, un pur concentré de fantaisie et de couleurs. L'environnement féerique s'harmonisait avec l'atmosphère de la forêt.
— Bienvenue à OLD ! lança John.
J'étais partagée entre l'émerveillement et la fascination. Je ressentais un tel épanouissement sensuel que j'ignorais de quelle manière l’interpréter. J'étais habituée aux bâtiments modernes de la ville et découvrais l'existence d'un tout autre monde, à quelques lieues de chez moi.
Soudain, mes oreilles captèrent les mouvements d'une respiration qui approchait à une vitesse folle. Lorsque je compris que ce souffle n'était ni humain, ni animal, la crainte me gagna et j'amorçai un recul. Par réflexe, je tendis la main vers John pour l'avertir et il se retourna aussitôt vers moi.
— Oui, moi aussi j'ai sentie, attesta-t-il d'une voix inquiète.
À plusieurs mètres, des arbres craquèrent et des oiseaux s'envolèrent.
— Ça vient par ici, murmurai-je, d'une voix anxieuse.
Il scruta l'horizon au-dessus de ma tête, puis son regard se figea. Le fantôme apparut et écarta deux troncs sur son passage. À la gesticulation de ses doigts, des bagues cliquetaient sur ses mains décharnées. Il effleurait le sol et sa cape flottait dans les airs. Plus effrayant encore était son souffle glacial qui aurait raidi d'épouvante le plus féroce des prédateurs.
— C'est quoi, ça ? demandai-je, terrifiée.
— Reste calme, me chuchota John lorsqu'il passa devant moi. Surtout, pas de gestes brusques.
Un imbécile l'aurait deviné : l'hostilité de cette créature se montrait indomptable et elle pouvait attaquer à tout instant. Une « crise » aurait pu nous sortir de cette mauvaise posture, mais je refusai d'utiliser mes dons. Je jugeai impensable de risquer la vie de mon père.
— Cache-toi dans la cabane, en douceur.
Alors qu'il lâcha ma main, je lui obéis et reculai d'un pas. L'esprit maléfique encapuchonnée pivota subitement vers moi et s'élança. John se retourna, me prit dans ses bras et me força à m'accroupir afin de recevoir le coup à ma place. Je fermai les yeux, crispée par la peur, quand quelques douces harmoniques parvinrent à mes oreilles.
Mon père avait la main levée, paume ouverte vers le ciel, et un dôme lumineux partait de ses doigts pour nous couvrir jusqu'au sol. La créature l'avait percuté, se rétracta et gémit. Le bouclier disparut ; John se précipita sur la chose et lui asséna un coup de poing dans la mâchoire d'une telle force qu'il provoqua une onde de choc et la propulsa contre un arbre. Celui-ci explosa sous l'impact et je remarquai l'empreinte profonde dans l'écorce, où s'était imprimée la silhouette du fantôme.
J'avais du mal à en croire mes yeux. Je me relevai pour observer mon paternel. D'où lui venait cette puissance ? Il retira sa veste en cuir et la jeta plus loin.
— Ça va être plus compliqué que je ne le pensais.
— Comment as-tu...
— Gabrielle, rentre dans cette foutue baraque ! me coupa-t-il.
Le monstre fourra sa main à l'intérieur de son manteau et en sortit un manche noir de deux mètres. Comment pouvait-il camoufler un bâton de cette taille ? Son extrémité refléta les rayons du soleil et m'éblouit. Je me cachai les yeux d'une main puis, après l'avoir baissée, découvris une gigantesque faux.
« La Mort ? », pensai-je.
— Dis-moi que ce n'est pas ce que je crois...
— Ne m'oblige pas à me répéter ! m'avertit-il.
Le spectre lâcha son impitoyable cri, je n'avais plus de temps à perdre. Je tournai les talons et commençai à courir vers la cabane. Je n'osai pas me retourner. J'entendis alors le son d'une lame qui fendait l'air sur sa trajectoire.
— Couche-toi ! s'égosilla John, d'une voix éraillée.
À cet instant précis, je compris. J'imaginai ma tête se détacher de mes épaules et s'envoler, mais une force invisible me poussa. Mes jambes se dérobèrent et je perdis l'équilibre. La partie tranchante de la faux passa à deux centimètres de mon crâne lors de ma chute et se planta dans la porte en bois.
Une de mes mèches blanches tomba sous mon nez. Par peur, je tremblais de tous mes membres. John avait les doigts braqués dans ma direction ; une fois de plus, l'un de ses dons m'avait sauvée la vie.
Je levai les yeux vers l'entrée de la cabane. La longue et fine lame attendait que son propriétaire vienne la récupérer.
Un hurlement m'alerta ; mon père, mal en point, se roula de douleur au sol, le corps entaillé et sanglant de toute part. Alors qu'il lui avait tourné le dos pour m'éviter une mort atroce, la créature avait profité de la situation pour l'amocher.
À peine réalisai-je que John était mis hors combat, elle chargea droit sur moi. Dans un élan et prise d'une bouffée d'adrénaline, je rassemblai mes forces, me redressai pour foncer jusqu'à la porte, empoignai la lourde arme et me retournai vers la menace dans un grognement de rage. Le fantôme s'arrêta net. Du bout du manche, je sentis le frottement contre ses os. La faux sous la gorge, elle s'immobilisa et sembla se calmer.
— Non ! lâcha John, tant bien que mal. Ne fais pas ça !
— Tu plaisantes, j'espère ? lui répondis-je, sans quitter le regard noir sous la capuche.
— Rentre à l'intérieur et tout ira bien.
Il avait raison ; je ne voulais pas devenir une tueuse. C'était la raison pour laquelle je quittais Mendocino. Si je lui ôtais la vie, elle gagnait.
D'un geste vif, je lançai la perche contre un tronc d'arbre et m'engouffrai à l'intérieur de l'habitat. Un cri meurtrier, un mouvement sombre puis une griffe écorcha mon visage avant de fermer la porte de tout mon poids derrière moi.
Je reculai et gardai les yeux fixés sur le panneau de bois qui nous séparait. Il semblait si abîmé et si fragile. J’entendis la bête tambouriner contre celui-ci ; il ne tiendrait jamais. À chaque frappe lourde, je continuais à m'éloigner.
Contre toute attente, une main vint se coller contre ma bouche pour m'empêcher de hurler et une autre me chopa à bras-le-corps pour me retenir.
— Chut ! me souffla l'inconnu. Tu ne risques plus rien ici. Jerry a barricadé le QG.
Dans l'obscurité, six silhouettes passèrent devant les fenêtres couvertes par des rideaux. Seule celle à gauche de l’entrée principale laissait filtrer un peu de lumière. Je ne percevais que des ombres en contre-jour, qui erraient dans la pièce, mais le bruit de leurs pas les trahissait. Je comptais sept personnes, y compris celle qui me retenait. Deux d'entre elles étaient des enfants et je doutai que des gamins puissent faire partie d'un groupe d'agresseurs. Cependant, je m'en voulu d'avoir été distraite au point de ne pas avoir perçu leur présence.
La créature persistait. Elle frappait à toutes les portes qu'elle trouvait autour de la cabane. Parfois, elle s'acharnait contre les murs avec l’espoir qu'une planche de bois ne cédât sous sa force.
— Jerry, ça tiendra ? demanda la voix masculine, dans mon dos.
— Ça tiendra, répondit une autre voix, qui devait être celle de Jerry. Avec cette barrière, elle peut continuer à cogner tant qu'elle voudra. Elle ne passera jamais.
À ces mots, la tête encapuchonnée s'arrêta devant la fenêtre, en face de Jerry qui se trouvait de profil. Il portait des lunettes de vue. De la buée se forma sur le carreau au rythme du souffle chaud de la créature qui les regardait, gueule ouverte.
Jerry la salua par un rictus, du coin des lèvres. Il souriait pour lui adresser un message : ils l'avaient vaincue.
— Navré, mais tu ne l'auras pas, murmura-t-il.
L’être surnaturel grogna et ses doigts grincèrent contre la vitre, y laissant de longues rayures, puis quitta les lieux dans un dernier cri.
L’homme me relâcha et rejoignit Jerry pour jeter un œil par la fenêtre.
— Ouf ! Elle est partie, déclara-t-il. Il faut s'attendre à ce qu'elle revienne. Tu penses tenir la barrière à l'infini ?
— Elle est définitive tant que je demeure dans les parages, lui répondit Jerry.
— John est déjà hors d'atteinte, lança une voix féminine, pour me rassurer.
Comment connaissaient-ils mon père ?
— Puis-je savoir qui vous êtes ? demandai-je, apaisée par cette nouvelle.
Il y eut un grand silence puis la femme éclata de rire.
Un bras invisible retira un à un les rideaux des fenêtres, tandis que la personne restait au centre de la pièce. Télékinésie, ce fut le premier mot qui me vint à l'esprit.
Alors que je découvris mes sauveurs, l’homme qui m’avait attrapée s’approcha, l'air charmeur.
— Je suis Vinz. Nous sommes les habitants d'OLD.
Dernière édition par Anastazia le 23 Juin 2012, 21:05, édité 2 fois.

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Anastazia
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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 23 Juin 2012, 17:52

TROISIÈME CHAPITRE


Je considérais la possibilité que mon père ait deviné l'arrivée de la chose, raison pour laquelle il m'aurait emmenée ici. Il savait que ces murs lui en interdiraient l'accès. Bien que mon don de voyance opérait dans des circonstances hasardeuses, nous avions néanmoins ce pouvoir en commun.
L'intérieur de la cabane apparaissait lugubre et plein de cafards, à en croire les bruits suspects de grouillement sous les meubles. Quelques toiles d'araignées pendaient des poutres au plafond, l'air poussiéreux était alourdi par le temps, une odeur de renfermé empestait et… bon sang ! Qu'était-il arrivé à l'escalier ?
À en juger son apparence, Vinz avait dû se moquer de moi : ce chalet était abandonné depuis des années, ça ne faisait pas un pli.
Au vu de la situation, des tas de questions me brûlaient les lèvres, mais un seul mot sortit de ma bouche :
— Merci.
Les sourcils se levèrent et les regards s'échangèrent.
— C'est tout ? demanda une femme rousse. Tu te fais attaquer par un monstre et voilà ce que tu trouves à dire ?
Il m'était déjà difficile d'avaler la pilule, mais affirmer que cette créature existait bel et bien revenait à remuer le couteau dans la plaie.
— Vous la connaissez ?
— Et comment ! lança Jerry. Nous sommes là à cause d'elle.
Après une telle déclaration, la tentation devint trop intense. Je devais en savoir plus.
Les yeux orangés de Vinz me dévisageaient. J'essayai de le sonder, mais ne parvins à examiner qu’une infime partie de sa vie passée. Son corps, qui paraissait approcher de la trentaine d'années, semblait avoir vécu des siècles, voire des millénaires. C'était insensé… Mon pouvoir était-il défaillant ? Frustrée, mon visage se chiffonna et mon regard insista pour en découvrir plus à son sujet. Vinz ronchonna, cilla et détourna les yeux.
— C'est incorrect de vouloir fouiller dans la vie des gens, lâcha-t-il d'un ton amer. C'est désagréable et impoli.
Jerry, le binoclard aux longs cheveux bruns et au bouc bien taillé, qui avait environ le même âge que lui, le rejoignit et le calma d'une main sur son épaule.
— Pardonne-le, me dit-il d'un sourire amical. Il est vite irritable.
À la fois lésée et étonnée, je haussai les sourcils. Vinz sentait que je cherchais à lire en lui. Pour la première fois, on me prenait la main dans le sac.
— Nous avons été prévenus de tes capacités, m'expliqua-t-il, surtout de ton aptitude à pénétrer dans la tête des gens. Nous ne pouvions pas courir le risque de laisser une inconnue fouiner dans nos mémoires.
— On a dû multiplier les précautions, termina Vinz.
Le mensonge n'était pas ma spécialité. Mal à l'aise, je dus m'abstenir de répondre. Je voulus fuir, me rendre le plus loin possible de ces mystérieuses personnes qui paraissaient capables de percer mes secrets. Mais je n'avais aucune envie de me retrouver face au spectre, là dehors. John s'était montré clair : je devais rester ici. Quelle poisse !
Jerry m'invita à m'asseoir sur l'un des sofas, où les autres s'étaient installés. Je m'avançai dans la pièce puis, à l'instant où je passai devant Vinz, je jurerais qu'il m'avait reniflé les cheveux. Était-ce là des manières ? Je le comparai à un sauvageon et me retournai.
— Il est tout aussi désagréable et impoli de dévisager les gens, crachai-je. Mon odeur capillaire vous plaît-elle ?
Jerry afficha un sourire moqueur dédié à Vinz, mais ce dernier resta silencieux et m'observa de la tête aux pieds. Perversion ? Non, son subtil regard cherchait quelque chose. Il frôla mon dos de sa paume pour m'accompagner, puis s'affala dans l'unique fauteuil, assorti aux canapés qui entouraient une table basse en chêne.
« Quel étrange personnage… », pensai-je.
Je pris place à gauche d'une jeune femme, dans la vingtaine, les cheveux caramel aux mèches blondes, parfaitement coupés en carré plongeant. Radieuse, elle se présenta et me tendit la main :
— Ignore-le, il est toujours ainsi. Je m'appelle Lily.
— Enchantée ! Gabrielle, lui répondis-je en lui serrant la main.
— « Gabrielle » ? demanda une fillette.
Les visages se tournèrent vers moi, mon prénom avait attiré leurs regards.
Songeur, Jerry alla s'asseoir près d'un homme de très forte corpulence. Il portait un débardeur avec les inscriptions « Je ne suis pas gros. Je suis énorme. » et un bandeau bleu foncé aux motifs vermillon couvrait, j'imagine, un crâne chauve.
— Voilà l'explication de tout ce chemin, lança la femme rousse.
— Il n'y a aucune preuve. Ça ne veut rien dire, essaya de convaincre Jerry.
— C'est peut-être un pseudonyme de couverture ? Je sais à quoi vous pensez tous, mais ne nous précipitons pas sur des conclusions hâtives, calma Vinz.
Leur discussion me semblait ridicule, non parce qu'ils me mettaient à l'écart, mais par le côté grotesque du sujet.
— Je n'aurais jamais cru qu'un jour mon prénom causerait un tel débat…
Vinz s'appuya sur ses genoux, hocha la tête et me fixa.
— Disons que la seule Légende qui porte le nom de Gabrielle, encore de nos jours, ne peut être que celle connue de tous.

« Une Légende ? L'ange Gabriel ? »

Après cette pensée spontanée et irréfléchie, j'étouffai un rire jaune.
— Nous devrions d'abord t'éclairer sur un point, avant de partir dans les détails, continua-t-il. Mais pour ça, il nous faut la certitude que tu ne prennes pas la fuite ou autre sottise du genre. Je n'ai qu'une question à te poser.
Il marqua une pause et puisa une longue inspiration.
— Crois-tu aux Légendes ?
Mon rire jaune se transforma en une vilaine grimace qui me semblait inappropriée. Je me trouvais face à une interrogation existentielle, à mon sens, vu que je n'en avais jamais croisé. Cependant, j'avais passé la plupart de mon temps à m'efforcer de découvrir des indices sur mon identité, sans succès, car je cherchais là où je ne pouvais en trouver ; on ne m'avait fourni aucune piste valable… Pourtant, du plus profond de mes entrailles, la réponse se présentait à moi de façon la plus évidente :
— Après mes épreuves de ces derniers jours, je suis prête à croire n'importe quoi.
Jerry retira ses lunettes et esquissa un léger sourire. Vinz se frotta l'arrière du crâne et se laissa aller au fond de son fauteuil.
— Je ne vois qu'un moyen de t'en convaincre, soupira-t-il. Lily, montre-lui un petit tour de passe-passe !
Elle acquiesça et se pencha avec grâce pour placer sa main au-dessus de la table basse. Ses doigts fins et manucurés se raidirent puis, sous mes yeux stupéfaits, un nuage de fumée blanc apparut et grossit sur le bois, jusqu'à prendre la taille d'un ballon de football. C'est alors qu'elle frappa ses paumes l'une contre l'autre de façon assourdissante et le nuage implosa puis explosa en un millier d'étincelles qui envahirent le salon, scintillantes, pour enfin disparaître en retombant au sol.
Par réflexe, je bondis avec souplesse pour me réfugier derrière le canapé. Puis, je redressai la tête avec lenteur par-dessus le dossier et observai, de mes yeux écarquillés, l'objet qui venait de se matérialiser : la vapeur avait laissé place à un vase rempli de fleurs de citrouille. J'assistais à de la magie pure.
— Nous avons été envoyés ici pour une mission… « humanitaire », si l'on peut dire comme ça, m'annonça Vinz, qui hésitait sur les mots. Avant tout, nous étions censés te rencontrer pour te mettre en garde concernant le péril qui rôde autour de toi. Toutefois, nous n'avions pas prévu qu'il prenne contact avec toi aussi tôt.
Par logique, je décryptai la menace comme étant le squelette à capuche.
— Elle est la créature la plus dangereuse qui existe, continua Jerry. Beaucoup d'entre nous évitent de dire son nom, ça porte malheur, et bon nombre des nôtres sont très superstitieux, surtout ces temps-ci, il échangea un regard discret avec Vinz. Nos ancêtres le formulaient dans le langage des trépassés, mais, impossible à prononcer pour les humains, ils l'appellent la « Faucheuse », ou encore la « Mort ».

« La Mort. J'en étais sûre… »

Saisie par l'angoisse, je restai muette. Je connaissais la suite de l'histoire : elle voulait faucher mon âme et je devais me préparer au pire des scénarios.
— Tu n'as rien à craindre de nous, enchaîna le barbu. Nous sommes là pour l'arrêter, ça fait partie de notre tâche.
J'en vins à ma principale question :
— Pourquoi s'en prend-elle à moi ?
— Nous l'ignorons, répondit Vinz. On ne nous a rien divulgué à ton sujet. La haute hiérarchie nous a confié cette mission et nous devons la garder secrète. Selon eux, ça pourrait causer la zizanie. Les seules informations dont nous disposons sont plus que futiles ; la Faucheuse te traquera sans répit et nous devons tout mettre en œuvre pour faire échouer son plan.
— Comment ça, la « haute hiérarchie » ? Qui vous envoie ?
Vinz leva son index en l'air. Mon regard suivit la direction de son doigt et monta au plafond.

« Dieu ? »

Perplexe, je levai un sourcil.
— C'est une blague ? lâchai-je.
Vinz était le plus sérieux du monde et aucun visage ne le démentait. Le temps de digérer, je me repassai l'histoire de mon père en boucle dans ma tête, avec la perspective de comprendre le rapport que j'avais avec Lui, là-haut. Quelle était la motivation de cette mission ? Soudain, tout devint aussi clair que de l'eau de roche.
— Je suis une Légende… murmurai-je.
— C'est une certitude ! répondit Jerry. Nous n'aidons pas les humains. Reste à savoir laquelle tu es.
La femme rousse, trentenaire, dans une tenue moulante aux couleurs militaires et qui était coiffée d'une longue et épaisse tresse en épi tombant sur son côté droit, se leva dans un soupir agacé. Par de grandes enjambées, elle se plaça près du mur opposé à l'entrée et interpella Lily en claquant des doigts.
— Un miroir, lui ordonna-t-elle sur un ton froid.
Vinz la toisa du regard. Qu'avait-elle en tête ?
Lily se dressa sur ses talons aiguilles bordeaux et laissa glisser avec délicatesse sa robe rouge et noir jusqu'aux chevilles. Dans une marche assurée, elle rejoignit la rouquine et fit apparaître un nuage au sol. Celui-ci gonfla à mesure qu'elle levait la main et les dépassa, en hauteur, d'une vingtaine de centimètres. Après son tour de magie dont les époustouflantes étincelles me rendirent à nouveau craintive et méfiante, un long miroir orné d'un cadre en argent émergea.
La rousse, qui gardait son expression dure et sauvage sur son visage, me fit signe d'approcher d'un geste de la main. Lorsque j'arrivai devant mon reflet, je ne vis que… moi. Ma robe blanche en coton, mes cheveux platine qui tombaient sur mes hanches, mes bijoux de perles… Qu'aurais-je dû apercevoir de plus ?
— Regarde-toi ! me chuchota-t-elle. Tu sens la sainteté à plein nez.
— Ce n'est qu'une supposition ! vociféra Vinz.
Au travers de la glace, je remarquai une étrange lueur vive qui se dégageait de ses iris, tandis qu'il se levait brusquement. Intimidée, Lily retourna à sa place sans dire un mot. La trentenaire, elle, osa affronter le regard de Vinz. Dans l'urgence, Jerry s'interposa entre les deux et, une fois de plus, tenta de calmer l'atmosphère par la manière douce.
— Non, Fran ! J'éviterais de jouer à ça si j'étais toi…
Hantée par les paroles de Fran et hors de leur confrontation, je restais les yeux rivés sur ma silhouette. Je n'avais pas pour habitude de m'observer dans un miroir, mais une couleur blanche, presque éclatante, dominait le tableau. Je hochai la tête et fronçai les sourcils.
— C'est quoi cette histoire de sainteté ? demandai-je.
Vinz retint sa respiration, les nerfs à vif de colère.
Galnek ona moun !* lança-t-il avec un accent hors du commun, avant de lâcher un long soupir pour évacuer sa rage.
L'orage passé, Jerry s'éloigna et Fran baissa les yeux. Quelle était cette étrange langue à la sonorité légère et fluide ? Alors que j'étais plongée dans mes pensées, Vinz m'en extirpa.
— Ton nom nous a mis la puce à l'oreille, souffla-t-il. Si l'ange Gabriel est traqué par la Faucheuse, alors nous avons du souci à nous faire, étant donné qu'il est… que tu serais le bras droit de Dieu.
La nervosité me gagna et mes membres commencèrent à trembler. J'avalai ma salive du mieux que je pus et me perdis dans mon reflet.
— Imaginons que son unique porte-parole disparaisse à jamais, continua-t-il, Il ne pourrait plus communiquer avec les humains. Son inquiétude à ton sujet semblerait compréhensible.
Leurs regards s'illuminèrent, comme s'ils venaient de mettre le doigt sur une évidence qui leur avait échappé jusqu'à présent. Même si les éléments qu'ils avaient évoqués n'étaient qu'hypothèses, les mots résonnaient sans cesse dans ma tête sous l'effet de la révélation. Mon for intérieur cherchait peut-être à me faire passer un message ? Et s'ils avaient raison… ? Il me fallait une parade, quelque chose pour contredire cette stupide théorie, et surtout pour me rassurer.
— L'ange Gabriel est un homme, débitai-je comme excuse. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je suis une femme.
Cette réplique me semblait infaillible et j'en étais fière.
— Sans vouloir t'offenser, il n'est ni l'un, ni l'autre, s’esclaffa Lily. Les anges sont asexués.
Elle s'en retourna dans sa position assise et me sourit. Il était flagrant qu'elle cherchait à détruire mon seul argument et elle y arrivait plutôt bien.
— Si tu savais, le nombre de Légendes d'apparence humaine qui ont une origine des moins ordinaires… lâcha Fran.
— Je ne suis pas l'ange Gabriel ! hurlai-je, prise d'un accès de stress.
Le miroir explosa en morceaux et je levai aussitôt mes mains sur mon visage pour me protéger des éclats. Au lieu d'entendre les bouts de verre retomber au sol, le silence régna. J'ouvris un œil, puis l'autre… Les débris flottaient dans les airs et quelques-uns s'entrechoquaient devant moi. J'aperçus le bras de Vinz dirigé vers moi, les doigts écartés.
Le tonnerre gronda et quelques têtes se levèrent, inquiètes.
— Tu devrais apprendre à maîtriser tes émotions, m'avertit-il. Une chance pour toi que j'ai de bons réflexes.
Il baissa le poignet, les fragments de verre se posèrent à mes pieds avec lenteur.
— Sept ans de malheur… soupira Lily.
Depuis quand détenais-je la capacité de détruire des objets au simple son de ma voix ?
— Gabriel transmet la parole de Dieu, nota Jerry. Surveille tes intonations colériques, ou tu risquerais de tout briser sur ton passage. Ça pourrait conduire à ta perte.
— Je ne suis pas l'ange Gabriel, répétai-je, plus calme, mais tout aussi nerveuse. Vous faites erreur sur la personne.
Vinz lança un regard glacial à Fran, puis me rejoignit. Il se pencha et me montra un sourire apaisant.
— Tu n'es pas l'ange Gabriel, me rassura-t-il.
— Mais… rétorqua Fran.
— J'ai dit, coupa-t-il, elle n'est pas l'ange Gabriel ! C'est assez clair pour tout le monde ? Quelqu'un souhaite s'opposer à un ordre direct de son supérieur ?
Il venait de hausser le ton et de se tourner vers le groupe. Les nuages à l'extérieur s'estompèrent et le soleil réapparut dans la pièce. Fran grogna mais se contenta de rejoindre les deux enfants. Elle mourait d'envie d'étaler sa repartie sans pitié.
— Leur supérieur ? demandai-je. Je croyais que votre « employeur » était Dieu ?
— C'est le cas, répondit-il, mais les Légendes ont leur propre hiérarchie. Comme je possède le niveau le plus élevé de nous tous, Il m'a désigné comme chef d'équipe. Autrement dit, s'il t'arrive quoi que ce soit, j'en serai responsable.

« Une hiérarchie chez les Légendes ? »

Voilà pourquoi Jerry s'était interposé lorsque Fran s'était rebellée contre Vinz. Malgré le caractère épicé de la demoiselle, il savait que ça finirait mal pour elle.
Je réalisai soudain que cette histoire me montait à la tête. Je devais garder les pieds sur terre, mais mon côté rationnel s'évaporait peu à peu. Mon subconscient poussait ma curiosité à prendre le dessus et, surtout, à les croire. Ces enchaînements de pitoyables incohérences et de fantastiques évidences jouaient au yo-yo avec ma lucidité.
— Vous avez d'autres nouvelles aussi dingues à m'annoncer ? demandai-je d'un ton ironique.
— John n'est pas ton père, lâcha Fran.
Mon visage se décomposa.
— Mais Vinz prendra plaisir à t'expliquer tout ça, continua-t-elle, dans un large sourire sarcastique.
Je tournai mon attention sur ce dernier. Il garda les yeux rivés au sol, le bout de ses doigts se mit à taper l'accoudoir de son fauteuil et il se mordait la lèvre. L'air était électrique. Il était sur le point de craquer et Jerry l'avait compris. Il prit donc les choses en main.
— Fran, tu devrais monter un moment avec Lily, lui conseilla-t-il. Il y a un sacré ménage à faire là-haut. Préparez une chambre pour notre invitée.
— Ne vous embêtez pas avec ça, tentai-je de les en dissuader. Je…
— Je sais, me coupa-t-il. Nous ne dormons pas non plus. Mais tu comprendras bien assez tôt pourquoi il te faut un lit, et crois-moi, tu vas en avoir besoin.
Sans discuter, Fran attrapa le bras de Lily et l'entraîna dans l'escalier. Les marches démolies s'intégraient au décor glauque ; dans un saut impressionnant, les deux femmes bondirent par-dessus avec adresse et atterrirent à l'étage.
Jerry s'adossa à un mur et m'observa.
— J'aimerais pouvoir te dire le contraire, mais Fran a raison, commença-t-il.
— Merci Jerry, ça ira, lança Vinz.
Il se leva de son fauteuil et s'approcha de moi. Jerry profita de cet instant calme pour allumer un cigare.
— Gabrielle, je sais qu'il t'est difficile de nous croire, poursuivit-il en prenant mes mains dans les siennes. Mais pour ta survie, il est très important que tu te montres attentive à ce que je vais te dire.
Jerry confirma d'un regard, à travers la fumée qu'il recrachait.
— John n'a jamais été ton père. Sa mission consistait à garder un œil sur toi jusqu'à ce que la Mort devienne un réel danger. Nous savions que ce moment arriverait, tu n'es pas ici par hasard. Son rôle était de te livrer à nous, le jour où il ne pourrait plus assurer ta sécurité.
— Il savait pour « elle » ?
— Bien entendu, répondit-il. À vrai dire, c'est le fait qu'April connaisse l'existence de tes dons qui l'a mis sur la piste. Pour ne rien te cacher, la Faucheuse aime s'amuser avec ses victimes en prenant l'apparence d'humains ; en l’occurrence, April était juste une marionnette. Elle sait jouer la comédie de manière parfaite, et ça, je pense que tu peux en juger par toi-même. À force de faucher des âmes au quotidien, elle a développé une certaine capacité pour imiter les caractères humains, quels qu'ils soient.
Il reprit son souffle, se pencha et agrippa mes épaules.
— Si tu es encore en vie, tu le dois à la chance. John aurait dû te mener ici à la minute où tu as rencontré ce pantin.
— C'est la raison pour laquelle sa tête était vide, marmonnai-je avant de réaliser. Ça me semble tout à fait sensé ! Le docteur aussi en était un !
Tout concordait. Les impitoyables incohérences devenaient de fantastiques évidences et ne me laissaient plus d'autre choix que de boire les paroles de Vinz comme du petit-lait. Il avait gagné ; il m'avait convaincue. Il hocha la tête pour confirmer mes dires et Jerry afficha un large sourire.
— Mais comment saviez-vous que je côtoyais April ? Et pourquoi je ne peux pas lire en vous ?
Mes questions plombèrent l'ambiance. Il détourna le regard, soudain soucieux. Quelque chose le tracassait.
— C'est l’œuvre de Willy et de Perle.
Il tendit la main vers les deux enfants qui le rejoignirent : un adolescent, roux aux yeux saphir, habillé d'une salopette marron et d'un tee-shirt blanc ; une jeune enfant, les yeux verts, blonde aux cheveux bouclés, qui tombaient sur une magnifique robe bleu turquoise à froufrous. Elle tenait un ours en peluche dans ses bras et laissait errer un regard vide.
— Perle est une spécialiste de la transmission de pensée. Elle bloque l'accès à nos cerveaux et à celui de John, grâce à une sorte de bouclier qui a pour but de cacher nos secrets et nos identités à tout autre télépathe. Ne lui en veux pas, c'est pour notre bien.
— Alors mon don n'est pas déficient, conclus-je. Par contre, le tien l'est, jeune fille. J'ai perçu une longue vie chez Vinz.
Je m'accroupis pour me placer dans son champ de vision, mais elle semblait ne pas m'apercevoir.
— Elle est aveugle… m'annonça Vinz, gêné.
Je haussai les sourcils, confuse à mon tour.
— Oh ! Je suis navrée, je ne savais pas…
— Elle te voit à travers nos yeux à nous, me coupa le petit garçon.
Il se jeta dans mes bras et m'enlaça de manière étouffante. Charmée par ce geste si chaleureux qui me manquait tant, je l'étreignis en retour.
— Lui, c'est Willson. Mais tout le monde l'appelle Willy.
Jerry se racla la gorge. Un signal qui rappela à Willy qu'il abusait des convenances. Il lâcha prise et récupéra la main de Perle.
— Et lui ? De quoi est-il capable ?
Vinz mit un temps pour répondre. Un instant, je crus qu'il allait ignorer ma question.
— Il s'occupe des infiltrations, finit-il par m'expliquer.
— L'espionnage ? demandai-je.
Je fronçai les sourcils et recadrai mon attention sur l'enfant, qui souriait d'un air innocent.
— Pendant ces deux années, Willy pénétrait dans votre maison tous les jours et John lui fournissait des informations à ton sujet. Ainsi, on a su pour April avant votre départ de Mendocino. Il te suivait du mieux qu'il pouvait, mais il n'a jamais entendu ton nom et John refusait de le lui donner pour des raisons de confidentialité, étant donné que sa mission et la nôtre étaient totalement différentes et dissociées. C'est le Grand Patron qui l'a voulu, pas nous.
J'écarquillai les yeux. Comment avait-il réussi à se cacher dans mon quotidien sans que j'aie pu m'en rendre compte ?
— Un maître en camouflage ?
Vinz m'aida à me relever et m'obligea à reculer. Willy s'écarta de Perle et s'éloigna de nous. Il ferma les yeux puis, tout à coup, il disparut dans une explosion de fumée grise. Je sursautai et fouillai la pièce du regard, jusqu'à le trouver. Au sol, sous la brume qui se dissipait, un minuscule petit être de cinq centimètres nous lançait de grands signes et sautillait sur place.
— Hé ho ! Je suis là ! hurla Willy d'une voix réduite à ses proportions.
Je tournai mes yeux vers Vinz avec lenteur. Jerry grimpa tel un singe sur le dossier du canapé et fit les présentations officielles :
— Gabrielle, voici… le Petit Poucet ! s'exclama-t-il.

*Tu paieras ton insolence !

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar brydou » 23 Juin 2012, 22:22

Crévindiou ! Tu es généreuse !!!

Il va nous falloir un moment pour nous pencher sur ton texte (déjà qu'on n'est plus très nombreux alors...). Par contre, tu devrais l'ajouter à plus petites doses pour ne pas nous décourager dès le départ...!! Nous ne sommes que des êtres humains...

Je me pencherai dessus prochainement... petit bout par petit bout... promis.
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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 24 Juin 2012, 09:58

Haha xD ! J'ai hésité à le mettre en plusieurs parties oui. Mais comme j'ai vu que les autres déposaient de gros pavés, je me suis dit "Okay ! Si c'est ce qu'ils veulent..." x).

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar brydou » 24 Juin 2012, 19:27

Bon allez, première partie, le prologue. Je me lance.

D'abord, la citation de Van Helsing est pour moi une mauvaise entrée en matière. Ne me demande pas pourquoi, je n’aime pas. Simple goût personnel. Soit, poursuivons.

À la fin de ma première lecture, mon impression n’est pas mauvaise ; c’est perfectible mais pas mauvais. Il n’y a quasiment pas de fautes (« je reconnu » au lieu de « je reconnus »), et c’est écrit de façon claire, si l’on excepte le paragraphe concernant la création de l’Arche, les gouvernements, l’état, les chercheurs (celui-là est confus au possible, il faut absolument le retravailler, on n’y comprend pas grand-chose à cause de tous ces « ils » qui peuvent désigner trop de monde). On sent aussi qu’à certains moments, tu as voulu trop bien faire et ça donne des phrases un peu tordues ou bizarres, floues, qui m’ont fait buter et obligée à relire plusieurs fois (par ex : « suivie de la destruction de l'Arche ouvrant le règne absolu de l'empathie ») ou qui m’ont juste fait tordre la bouche (« Sa fonction consistait à retirer l'énergie vitale d'une Légende, une fois celle-ci enfermée à l'intérieur » là, pour le coup, comme il s’agit d’une cage (dit à la phrase précédente), on se doute bien que c’est une fois enfermés, ça me paraît redondant. De même, qualifier l’Arche d’ « arme » me gêne, car il s’agit d’une cage ; j’aurais utilisé "dispositif" ou "processus", "piège", mais pas "arme". Vois-tu une cage comme une arme, toi ?)

Sur le fond, je ne me prononcerai pas. Je ne peux pas juger d’après le prologue. Pour l’instant, je dirais seulement que c’est une histoire susceptible de m’intéresser et que je lirai la suite quand je me déciderai à en prendre le temps, même si elle semble utiliser des clichés plutôt courants (l’amnésie, l’héroïne aux supers pouvoirs, la théorie du complot de l’état, la meuchante technologie qui fait du mal à la magie). Reste à voir si tu as su tirer le meilleur de tout cela pour éviter de sombrer dans une histoire vue et revue.
Une ultime question : pourquoi « mon père » du début devient l’impersonnel « John » à la fin de l’histoire ? Pourquoi cette distance qui nous fait même nous demander si le narrateur nous parle bien de la même personne ?
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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 25 Juin 2012, 10:56


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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar noemie » 28 Juin 2012, 14:33

pfuit, et bien, ça c'est du pavé :lol:
aller, pour une fois je vais mettre ma légendaire flemme de côté et m'y mettre.
juste une question: d'où vient le titre?
et la couverture est splendide!
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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 28 Juin 2012, 17:50

Hello Noemie :) ! En fait, le titre c'est une grande histoire qui date du collège haha xD ! Quand j'ai commencé à écrire cette histoire (ça remonte à longtemps et ça n'avait strictement rien à voir avec celle d'aujourd'hui...) je lui voulais un titre totalement inventé et j'ai opté pour OLD. Phonétiquement je trouvais que ça sonnait bien, et ma meilleure amie a fouillé dans un dico d'anglais. Quand on a appris que ça voulait dire "âgé", ça a été le fou rire (surtout quand tu es persuadée d'avoir INVENTÉ le mot, alors qu'en fait pas du tout). Et au fil du temps, l'histoire a évolué, même carrément changé de A à Z. Juste le titre est resté, et il a obtenu sa propre signification. Mais ça, je ne peux encore rien dire là-dessus :). Le titre existait bien avant l'histoire, c'est l'histoire qui s'est construite autour du titre. Voilà ;).

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Jeff
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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Jeff » 28 Juin 2012, 20:00


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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Jeff » 28 Juin 2012, 20:33

Bon, puisque personne ici n'est assez honnête pour le faire, j'ai voté "bof..." à ton sondage. Note que rien que le principe du sondage te discrédite à mes yeux et qu'il aurait fallu que ton texte soit exceptionnel pour que je daigne mettre au-dessus de "passable".

Bref, au moins je savais à quoi m'attendre.

"Bof" correspond assez bien à mon impression après avoir lu le prologue et sache que je n'irai pas plus loin.

Malgré quelques fautes d'orthographe acceptables, ton texte est lisible. La syntaxe est respectée, on ne s'essouffle pas à la lecture (bonne ponctuation), les tournures ne sont pas alambiquées. Je suis donc allé jusqu'au bout sans rechigner. Comprend que ce compliment n'est pas anodin, car j'en ai vu des textes qui rebutaient dès la première phrase. Les bases sont là, et ce n'est que sur des bases solides que l'on peut construire quelque-chose. Je t'encourage donc à persévérer dans l'écriture et à lire davantage.

Par contre, ce texte compile les erreurs classiques et inévitables de l'auteur débutant. Ne prends pas mal mes commentaires, car comme je l'ai dit, nous avons tous fait ces erreurs qui sont utiles à la progression. Par contre, inutile de rêver à la publication. Tu peux t'amuser à éditer ton bouquin sur des sites d'auto-édition pour le plaisir d'avoir ton texte en format livre (avec une jolie couverture, quoiqu'un peu trop tape à l’œil à mon goût), mais ça s'arrêtera là. Lorsque tu reliras ton texte dans quelques années, tu te diras avec une nostalgie amusée "j'écrivais de la merde quand même, à l'époque". Mais heureusement! Car ce sont ces bouses de jeunesse qui forgent le style adulte.

Bon, passons aux choses sérieuses:
*ton univers manque cruellement de relief. On ne sait rien de l'ambiance, l'atmosphère, les sentiments ou impressions des personnages. Actuellement, tu racontes une histoire. Moi, je préférerais que tu nous en contes une.

*tu donnes d'emblée les principales clefs de ton univers. Il n'y a pas de mystère et on sait ce qui va se passer longtemps avant de le lire. Tu dois donner suffisamment d'éléments au lecteur pour ne pas le perdre, mais tu dois aussi susciter son intérêt et sa curiosité. Commencer par une histoire qui raconte le monde depuis ses origines est la mauvaise idée typique.

*tes personnages ont des comportements irrationnels. Ou alors, nous n'avons pas assez d'éléments pour les comprendre. Exemple: pourquoi la fille s'étonne-t-elle d'entendre un chuchotement? Ou bien elle a toujours eu ce super pouvoir (car c'en est, n'est-ce pas?) et dans ce cas-là, il n'y a pour elle rien de surprenant à entendre la conversation (le bon cliché serait plutôt une personne extérieure qui lui fait comprendre que sa perception auditive sort du commun), ou bien il s'est soudain produit un changement dont nous n'avons aucun information. De plus, tel que tu nous décris la scène, les infirmières ne semblent pas si éloignées et les entendre ne nous semble pas étrange (mais là, on retrouve mon premier point)

*enfin, l'histoire ne semble pas déborder d'originalité (le mélange du monde réel avec des personnages de contes de fée tirés de Grimm, c'est le cœur même du fantastique). Mais il est peut-être trop tôt pour le dire. On ne peut pas éviter les clichés. Il faut juste les utiliser avec habilité.

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 28 Juin 2012, 21:03


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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 28 Juin 2012, 22:13

Après réflexion, j'ai décidé de supprimer le prologue et de tout ré-écrire. Motivée ^^ !!

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Jeff » 28 Juin 2012, 22:24


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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar brydou » 28 Juin 2012, 22:36

Une sorcière amnésique à la recherche de son passé... Que s'est-il passé, il y a trois ans ?

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 29 Juin 2012, 10:22

Au temps pour moi, je savais pas que les textes étaient effacés (en même temps, je suis pas médium non plus, je pensais que c'était les méthodes du forum qui voulaient ça).
Oui pour le "reconnu", je sais pas si j'ai fait une erreur à force de copier/coller le texte mais sur mon Office il est écrit correctement O_O. Pas compris. Enfin, merci quand même pour l'avoir relevé :).
Brydou, j'avoue qu'en regardant la version 2007, je me demande ce que j'avais dans la tête haha xD !
Merci à vous deux en tout cas :) !

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar brydou » 30 Juin 2012, 20:36

Me revoilà, j'ai entamé le chapitre 1 tout à l'heure (jusqu'à "Du moins, toute cette agitation y faisait penser.").

Bon, très honnêtement, je lui trouve beaucoup de faiblesses, et pas mal de maladresses aussi dans certaines formulations.

Sur le fond

Tout d'abord, je trouve les personnages très plats. Ils manquent de substance. Je t'assure, je ne suis pas fan des descriptions (du tout !) mais là, ça manque cruellement. Sans nous détailler jusqu'au grain de beauté au creux du cou, je pense que tu peux au moins nous glisser quelques remarques de Gabrielle sur son ressenti vis-à-vis d'eux et sur leur nature habituelle. Actuellement, ils me font l'effet de figurant en carton pour meubler une scène où même l'héroïne a du mal à briller.
Tu as choisi une narration à la première personne et donc, forcément, la narration ne paraîtrait pas naturelle si tu t'arrêtais sur chaque point pour le décrire avec trop de précisions. Le souci, c'est qu'on ne sait pas vraiment ce qu'elle pense. Alors que la narration à la première personne est le moyen idéal de plonger au fond des pensées de son héros pour aller lui chercher ce qu'il a au fond des tripes, Gabrielle semble survoler les évènements sans avoir aucun avis, aucune opinion, aucune personnalité. Et le seul moment où elle fait preuve de quelconques sentiments (lorsqu'elle tue April), elle refuse de les accepter, elle les rejette.
Gabrielle est-elle un robot ou une marionnette ?
Si c'est le cas, c'est réussi... mais je crains que tu ne perdes des lecteurs car on se lasse très vite des coquilles vides et dans ce cas, autant utiliser la troisième personne.
J'ai également eu un souci avec ses pouvoirs. Tu ne nous en dis pas grand chose et tu nous les décris petit bout par petit bout quand tu en trouves l'occasion. Ok, ça peut être une façon de faire, mais il y a un gros manque au tout début, lorsqu'elle se fait héler par la vieille dame. Le processus paraît à la fois conscient et inconscient... et si j'accepte qu'il soit inconscient pour déclencher un orage quand elle est en colère, ça a plus de mal à passer quand elle sort de nulle part une anecdote qu'elle n'aurait pas dû connaître (sa réponse à la vieille dame). Le langage passe par un processus logique, et tu devrais au moins nous décrire ce qui se passe dans sa tête à ce moment là. S'il s'agit d'un automatisme, je serais vraiment très déçue... (mais ce n'est que mon avis :p)

Un dernier point : la chronologie. J'ai cru (sans doute malencontreusement) que le premier chapitre se déroulait peu de temps après le prologue. Or, notre héroïne paumée qui ignore tout de ses pouvoirs se retrouve maintenant avec un don que, si elle ne maîtrise pas, elle connaît et peut même décrire. Mince, dis-nous au moins, à un moment, combien de temps (même approximativement) s'est écoulé !

Je pense donc que pour ce début, il va falloir surtout étoffer l'ambiance de ton héroïne, sans forcément alourdir le texte mais en ajoutant quelques mots sur l'allure générale, et du cadre de l'action et des personnages, ainsi que sur leur caractère. Voilà, c'est ça : tu dois les caractériser pour aider tes lecteurs à s'imprégner de l'ambiance et à s'immerger dans l'histoire. En l'état, je n'y suis pas parvenue.

Sur la forme

Globalement, tu fais des phrases correctes et presque sans fautes. Là encore, j'ai trouvé :
:arrow: "Les deux marchands s'échangèrent un regard ahuri"
J'aurais dit "Les deux marchands échangèrent un regard ahuri", qui me paraît plus français.

:arrow: "Au lieu de ça, mon visage restait neutre et je mourrais d’envie de sourire"
Tu nous as mis le conditionnel et non l'imparfait, avec un seul "r".

:arrow: "Je ressentis la vague d'émotion qui le gagnait. Cette proposition l'envahit de joie ; sa journée serait illuminée"
Ici, je préfère un imparfait. Et j'ai un souci avec "sa journée illuminée" (j'ai une réaction de rejet face à cette tournure).

Pour ce qui est du style proprement dit, on est davantage dans des maladresses et des choix discutables sur le vocabulaire.
Le problème c'est que
1. tes idées ne s'enchaînent pas toujours, par exemple :
:arrow: "C’est que… voilà, ma lunette est mal réglée, elle me donne mal à la tête. Je peux sortir un moment ?
Soyez rassurée, nous commencerons par la mise hors tension de l’appareil, répondit-il en appuyant sur le bouton pour éteindre la binoculaire."

Là, je me dis... mais à quoi répond le professeur ?? Tu vois franchement quelqu'un te répondre ça dans la vraie vie ?? "Soyez rassurée" alors qu'elle cherche juste à retirer son casque ?

:arrow: — Merci, répondis-je, enjouée. Si j’avais mieux calculé l’angle de tir en suivant le sens du vent, elle serait allée plus loin.
[...]
— À une époque, mon mari entraînait des joueurs de base-ball. Croyez-moi, j’en ai connu des cas ! Si les sportifs d’autrefois savaient ce que le corps humain est capable d'accomplir de nos jours, ils tomberaient des nues.

Des cas ? Elle est en train de dire à Gabrielle qu'elle est un cas ? C'est très très maladroit, voire péjoratif, méprisant !

2. tu t'enfonces parfois dans des précisions inutiles
... qui donnent l'impression que tu prends ton lecteur pour un débile, du genre :
:arrow: "je présentai mon œil gauche au scanner d'iris"
A quel autre scanner présenterait-elle son oeil ?

:arrow: "Je m'équipai de mon casque et l’activai grâce au bouton situé près du micro"
Quel est l'intérêt de la précision ?

:arrow: "Les vitres éclatèrent en morceaux"
En quoi d'autre peuvent-elles bien éclater ?

:arrow: "Quelques feuilles d’arbre effectuaient leur dernière danse avant de toucher le sol, car le vent s'était arrêté"
Franchement, les feuilles ne retomberaient pas si le vent soufflait encore.

3. ... et parfois, ton vocabulaire est mal choisi ou en décalage :
:arrow: dans une totale « zénitude »
:arrow: je traversai l'immémorial marché
:arrow: Il (le marché) laissait voyager les odeurs
:arrow: [...] de cafés importés des quatre coins du globe (du monde, plutôt, un globe n'a pas de coin)
:arrow: je m'éclipsai dans la foule ("parmi" ou "au milieu de" me paraissent plus appropriés)
:arrow: Les élèves hurlèrent de plus belle et se réfugièrent contre le mur (y'en a qu'un ? là, il faut préciser lequel car qui dit pièce, dit au moins 4 murs... sinon, reformule tout)
:arrow: Les pulsations étaient faibles, mais existantes

4. Tu dois faire un effort sur les passages descriptifs.
Surtout ta première phrase, qui doit accrocher le lecteur et lui faire une bonne impression pour l'inciter à poursuivre. Entamer ton récit sur les ricochets du caillou sur les vagues me paraît être une meilleure approche que ce soleil qui se couche et ne me paraît être que l'occasion de caser le nom de la ville dont, soit dit en passant, on se contrefout, puisque tu situes ton histoire dans un futur lointain et qu'on ne peut donc pas vraiment comparer avec l'actuelle.

La description du marché est imbuvable ("Au bout de la rue [...] l'arsenal cybernétique."). Au vu du reste du texte, tu peux faire beaucoup mieux que cette succession de phrases sans âme et dépourvues d'intérêt.

Et pour finir (oui oui j'arrive au bout xD, désolée, je suis miss pavés), quelques points en vrac (simple avis, je le signale donc, puisqu'en postant ton texte tu nous le demandes) :
- la description du marché mérite d'être réécrite mais aussi approfondie, tu gagnerais en suspense en rendant ton marché plus grand que le mendiant, le primeur et le vendeur informatique, histoire de les y noyer pour surprendre plus aisément le lecteur sur le véritable but de Gabrielle en achetant le pc ;
- ton héroïne m'a très très vite agacée avec ses bonnes intentions et son petit côté prétentieuse (je suis trop balaise mais je veux pas vous foutre la honte, et en plus, regardez : chui trop bonne avec les petites gens !)
- la description d'April après sa mort manque d'odeur ; la chair et les cheveux grillés devraient au moins lui faire froncer le nez ;
- "J'eus le sentiment de devenir un monstre. Le soulagement qui m’animait contribuait à le confirmer. Des larmes auraient dû couler. Le chagrin aurait dû m’anéantir". Le début, oui. La fin, non. April s'est ouvertement montrée en ennemie, et franchement, je ne sens que très peu de chaleur entre les deux filles. Pourquoi se serait-elle effondrée de chagrin ? Qu'elle s'inquiète de ne pas ressentir davantage d'émotion, du remord, de l'horreur devant ce qu'elle a fait, ouais. Mais les pleurs et le chagrin ? Ils dépendent uniquement de sa relation avec April qui me paraît simple courtoisie, elle ne lui fait d'ailleurs pas confiance. Je ne suis donc pas d'accord avec cette affirmation. Perso, je ne pleure pas et je m'effondre encore moins de chagrin pour les gens avec lesquels je n'ai pas d'atome crochu, que je les voie tous les jours ou non.

Voilà ! Ça fait beaucoup, je sais, mais je pense avoir fait le tour de mon ressenti. Alors, certaines de mes remarques, tu les as peut-être provoquées volontairement, peut-être pas... ça, après, les prendre en compte ou les ignorer, c'est de ton ressort !
Une sorcière amnésique à la recherche de son passé... Que s'est-il passé, il y a trois ans ?

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Re: OLD [Roman fantastique]

Messagepar Anastazia » 02 Juil 2012, 14:46



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